Comme d’autres pays du golfe de Guinée, la partie nord du Bénin a connu une aggravation de l’insécurité et de la vulnérabilité, résultant à la fois de l’escalade dramatique du conflit sahélien et de l’érosion interne de la cohésion sociale. Le sous-développement et la perception de l’exclusion, combinés avec la compétition autour les ressources naturelles, accentués par l’effet démographique, le changement climatique et la dégradation des terres, ont abouti à des conflits croissants entre les éleveurs et les agriculteurs, qui sont les principaux groupes sociaux des communautés locales du nord Bénin. Avec l’émergence de groupes extrémistes violents dans les zones frontalières dans les départements du nord, zone prioritaire de la Suisse, la situation est devenue préoccupante : depuis décembre 2021, le pays a connu plus d’une vingtaine d’attaques dans ces régions, tuant des forces de sécurité et des populations civiles. La combinaison voire superposition des conflits agriculteurs-éleveurs et émergence de groupes extrémistes violents appelle des interventions urgentes pour renforcer la cohésion sociale et augmenter le sentiment d’inclusion. Ceci tout en créant les conditions nécessaires au développement socio-économique inclusif.
Pour remédier à cette situation, le Bénin a pris deux mesures principales :
1- interdiction de la transhumance transfrontalière et régulation de la transhumance nationale pour mieux gérer le passage des animaux et réduire les conflits ;
2- création en juin 2021 du Haut-Commissariat à la Sédentarisation des Eleveurs (HCSE) au Secrétariat général de la Présidence de la République, pour passer de l’élevage par transhumance à une mobilité réduite et contrôlée. Ces mesures mettent la base pour des changements profonds lié à l’élevage au Bénin.
A cet effet, deux programmes ont été élaborés par le Gouvernement afin de parvenir à la « sédentarisation », sachant qu’il s’agit à court et moyen terme de facto plutôt d’une « mobilité réduite et gérée » de l’élevage, la sédentarisation proprement dit étant un long processus dépendant d’une multitude de facteurs :
1- le ProSeR (Projet de Sédentarisation des troupeaux de Ruminants), lancé en fin 2021 et mis en œuvre par le Ministère de l’Agriculture de l’Elevage et de la Pêche (MAEP) avec un budget de plus de 50 mio CHF ;
2- le PSR (Programme de Sédentarisation des Ruminants) sous l’égide du HCSE, un programme multisectoriel à hauteur de 120 mio CHF. La Banque mondiale, par le biais de la composante Bénin de son programme régional COSO (projet de cohésion sociale pour les régions nord du Golfe de Guinée), contribue avec USD 90 mio au programme PSR du HCSE.
